Paganini mais presque…

Viens donc là, qu’après ce titre au calembour minable, je te susurre à l’œil mille injures à l’égard d’une aberration musico-violonistico-technique dont tu n’as fort probablement rien à faire. Car oui, aujourd’hui je vais te parler du ricochet maudit, voire du [insérer ici une pointe d’accent québécois] maudit ricochet.

Le ricochet, dans le monde où je vis, n’est pas ce jeu amusant qui se pratique avec des galets et une étendue d’eau de préférence calme, non non. Il s’agit d’un coup d’archet sans doute imaginé par un quelconque violoneux moisi en manque d’acrobaties (comme si jouer dans les colophanes éternelles à toute berzingue la moitié de sa vie ne lui suffisait pas, tsss). Genre Paganini. Je le vois bien, le zouave, se dire : « Oh mais dis, si je jetais mon archet sur les cordes et que je m’amusais à compter les rebonds – plus il en faut, plus c’est difficile – et à coller des notes et un rythme dans ce bazar-là ? C’est pas simple, ça va amuser la galerie, faire du vent, je suis fan ! On appellera ça saltando pour l’effet gymnastique « . Et paf, le mal était fait.

Le ricochet, c’est un peu l’équivalent de la roue arrière chez les ados boutonneux qui font les couillons sur des VTT : au final, c’est pas beau, ça sert juste à se la péter et à faire grincer les pneus cordes.

Le ricochet, c’est ce truc que tu as un mal de chien à faire proprement depuis toute ta vie, mais que tu te dis que bah, de toute façon, c’est pas bien grave : tu n’as pas spécialement envie de faire le singe sur Marcel-le-violon. Toi ta vocation, c’est le ploum-ploum de groupe et le remplissage d’harmonies dans la joie, la musique phrasée et la bonne humeur, pas le tagada tagada prise de tête. Et en gros à part – normalement – une fois tous le 3 ans pour jouer l’ouverture de Guillaume Tell, savoir commettre cette acrobatie ne sert à pas grand chose dans un métier où jouer ensemble proprement est plutôt une priorité.

Sauf que… c’était sans compter Totor. Totor et ses idées romantiques, révolutionnaires, fantastiques et échevelées. Le Berlioz est un animal certes génial et surprenant, mais aussi fourbe et rebelle, grand admirateur de Paganini à ses heures… et surtout un compositeur largement pratiqué chez nous au bureau, en particulier La damnation de Faust. Bon sang, ces deux pages (trois chez nos voisins les premiers violons) de maudit ricochet dans la fabuleuse Course à l’abîme presque finale de l’œuvre, Hector, franchement… étaient-elles bien nécessaire ?

Oui, ça galope, ça trépigne et ça emporte le morceau avec brio, mais je souscris moyennement au concept de traumatisme psychomoteur en guise de reprise après la pause d’été.

Cela dit, je grogne je grogne… mais à la fin, c’est le bonheur qui gagne : cette rentrée abrupte et (plus ou moins) rebondissante fut un bel hommage à la partition, et la qualité du spectacle donné samedi au fameux festival de La Côte Saint-André laisse augurer de bien bonnes choses pour cette saison à venir. Il est toujours émoustillant de voir de quelle énergie et de quel enthousiasme nous sommes capables, merci les collègues, merci patron ( 🎶 merci patron 🎵) et merci Hector (Hector ? J’adore !).

2 commentaires sur « Paganini mais presque… »

  1. Tiens, maintenant que je sais que ça vous embête, j’en mettrai plus souvent dans les arrangements gnarf gnarf… En écrivant « jeté » d’un air dégoûté, comme on jette les trucs à la poubelle – et ça sera même pas du tri sélectif. (Mais, me dis-je d’un coup, pourquoi tant de haine contre des copines qui font leur rentrée comme tout le monde?)

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    1. C’est vrai, ça, pourquoi ?? (sans compter que je connais une pelletée de collègues masochistes qui, eux, adorent ! T’aurais envie de faire plaisir à ces énergumènes, toi ? 😄) Bonne rentrée à toi aussi, il va te falloir quitter ton short et ton chapeau…

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