Petit manuel de survie en Korngoldie

La Korngoldie est un pays pailleté et merveilleux où vivent en liberté des concertos, des lieder et des symphonies, mais ce que les visiteurs y voient le plus souvent gambader sont des musiques de films avec Errol Flynn en collant (ici, par exemple, dans le rôle du fameux Géant Vert)

Or pour satisfaire les amateurs de Korngold, il faut moultes petites mains laborieuses et moites, pleurant sur leur pauvre sort car elles n’auront jamais assez de doigts pour réussir à tirer leur épine du pied. Le débat fait rage en ce moment dans la fosse d’orchestre : Die Tote Stadt (now playing sur toutes les bonnes scènes lyriques du moment) est en lice pour le titre d’opéra le plus difficile de tous les temps, en compétition avec l’intégrale des deux  Richard qui tuent, à savoir Wagner et Strauss. Comment y survivre ? C’est simple, il suffit de respecter ces quelques consignes.

  • Chaque matin à jeun, des gammes par tons tu fredonneras. N’hésite pas à les assaisonner de bémols, de doubles dièses, à les arpégifier, à les briser et à les retourner dans tous les sens, c’est pour chauffer le cerveau et tenter de jouer juste. C’est pas gagné…
  • Entame ensuite une bonne gymnastique oculaire et digitale (non, pas numérique…). Tes yeux doivent être écarquillés pendant deux heures d’affilée, savoir lire avant ton cerveau et tes doigts de quelques centimètres tout en lorgnant le chef, sinon tu seras vite largué par la vivacité et la virtuosité extrême du propos musical (ça peut durer plusieurs pages, je sais, j’ai testé pour vous hier soir).
  • Ne va pas te battre avec des étagères suédoises, escalader des murs ou que sais-je encore, épargne tes muscles : tu vas devoir fournir plus de notes à la seconde que jamais dans ta vie, il te faut une hygiène physique digne de celle d’un marathonien. Tu peux cependant espérer éviter la cure de jus de betteraves. Mais lâche cette bouteille de vodka.
  • Chaque jour sur le pupitre remets ton ouvrage : le machin est quasiment impossible à assimiler proprement mais bon dans le doute, tu pourras au moins te dire que tu as tout essayé. Gros avantage : chaque performance sera – à titre individuel – perfectible, et à aucun moment tu n’auras l’impression de t’encroûter dans ta carrière de musicien(ne) municipal(e), pendant les deux heures que dure le spectacle, ta vie sera un danger permanent, et finalement c’est plutôt excitant ! Voire pire, carrément tripant…

Parce que voilà le problème, braves gens, il y a de la larme à l’œil d’émotion tout partout dans cette partition ! C’est pénible, on ne peut même pas râler et se plaindre en paix, car force est de constater que la découverte de cette œuvre est une des meilleures surprises que tu aies eues depuis longtemps. Réjouis-toi, petit scarabée, le sacrifice de tes  doigts tous cornus d’efforts démesurés n’aura pas été vain, puisqu’il auront été sacrifiés sur l’autel de la beauté (rien que ça, oui oui, et je m’arrête, sinon je vais larmoyer).

Tu reprendras bien un petit final pour la route ?

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