Chef, oui, chef !

Tu as l’idée saugrenue de devenir un jour chef d’orchestre ? (oui, tous les goûts sont dans la nature : me situant de l’autre côté de la cage aux fauves, j’ai plutôt tendance à penser que passer sa vie à se faire jauger, juger, tester voire détester par une horde de musiciens n’en est pas une, de vie, mais chacun ses choix…). Alors voici quelques conseils d’amie qui te veut du bien.

  • N’oublie jamais que tu as deux mains. Il y en a une qui tient la baguette et donne le tempo et les départs. L’autre doit servir à exprimer : nuances, atmosphère, caractère, phrasé et toutes les autres choses qui viennent du cœur, du ressenti. Si tu as l’idée saugrenue de la laisser dans ta poche, c’est mal : on va vite se rendre compte que tu n’as rien à dire. Ou que tu t’en fous. Ou les deux.
  • En parlant de rien à dire : ne parle pas trop ! Un bon geste vaut mieux que mille discours, et si tu dois passer des heures à t’expliquer ou pire encore, à paraphraser la partition, pour nous ça se traduira rapidement par cette affirmation lapidaire : pas de bras. Et c’est bien connu : pas de bras, pas de chocolat, et ça, c’est toujours dommage.
  • Respecte ce que le compositeur a écrit, parce qu’à priori, il connaît son métier, surtout s’il s’appelle Mahler, par exemple. Mit grosser Ton ne signifie pas qu’il faut jouer éthéré, archi-pianissimo et sans intensité, vois-tu. Un ralenti ne se zappe pas comme un truc encombrant parce que compliqué à diriger. Si tu abuses de l’interprétation sous prétexte que tu veux imposer tes goûts, ça s’appelle du n’importe quoi, et ça aussi, c’est mal.
  • Parle-nous bien. On n’est pas là pour être copains mais tout de même, si tu veux créer un échange collaboratif et constructif, n’agresse pas en tirant la tronche : le musicien qui boude devient vite peu coopératif. Et quoi de pire au moment du concert que 80 gugusses habillés en pingouin qui font la moue…
  • En parlant d’échange, veux-tu bien lever le nez de ta partition au lieu de la regarder obstinément comme si tu avais peur qu’elle s’envole ? Sais-tu que le dialogue des yeux fait partie des clefs de ton métier ? Apparemment, pas toujours… C’est ballot, parce que du coup ton geste de départ en direction du deuxième basson se confondrait facilement avec un ordre adressé au trombone solo, tu vois le problème ?
  • Ne t’agite donc pas comme une furie au milieu d’un pianissimo. C’est non seulement ridicule vu du public mais en plus c’est un peu comme de hurler comme un fou furieux « soyez paix et amour, mes frères » : ça ne fonctionne pas.
  • Et puis surtout, surtout, tu est au service de la musique, et pas le contraire (oui, je sais, c’est dur pour l’ego, mais c’est comme ça). Alors si tu n’en as ni dans la tête ni dans le cœur, reste plutôt couché ou vautré devant Netflix, ça nous fera des vacances. Et surtout ça nous évitera le jour du concert d’avoir l’impression d’aller nous prostituer en mettant notre amour pour notre métier (qui est, je te le rappelle, de s’éclater sur scène en faisant vibrer le public d’émotion) à rude épreuve.

À bon entendeur, bisou.

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