Fais-moi mal, Richie

La Walkyrie de Wagner est l’opéra que nous donnons au bureau jusqu’à dimanche prochain, et ce pour la première fois depuis 18 ans. Si tu n’as jamais trempé un orteil dans la tétralogie, profite de son deuxième volet pour tâter la température sans hésiter : le spectacle est titanesque par sa durée (5h45), mais son livret épique inspiré par Le seigneur des Anneaux, la saga Starwars et Game of Thrones la mythologie nordique rend tout ça si digeste que – d’après des auditeurs ravis – on ne voit pas le temps passer. Comme très souvent, je joue dos à la scène et presque dessous donc je n’ai pas d’avis sur la mise en scène, je me contente de trouver les voix des chanteurs magnifiques. D’ailleurs je vais aller demander Wotan en mariage à cause des chatouillis épidermiques que me provoquent sa superbe voix de basse.

Sinon, Richard par le petit bout de la lorgnette, ça veut dire quoi ?

Eh ben c’est l’enfer, tout simplement. La partition est régulièrement injouable à cause de sa difficulté, sa richesse harmonique complexe rend la lecture atroce et les heures supp’ de travail à la maison obligatoires. Tout ça pour un résultat personnel peu gratifiant à l’oreille,  parce que pour les violons, comme on dit chez nous, c’est mal pavé : rien ne tombe sous les doigts, donc individuellement les passages compliqués (oui, ceux que tu as rabâchés pendant des heures) sonnent comme de la m*rde. Tu grattes tu grattes et de toute façon c’est vilain, le mythe de Sisyphe dans toute son horreur déprimante. Ajoutons à ça la difficulté de réussir à rester concentré.e.s et à résister physiquement durant les 132 pages de musique en question : l’acte I fait plus d’une heure, le second avoisine les 95 minutes et le troisième, que tu attaques après presque 4h30 de présence sur place (oui, la mise en scène réclame des grosses pauses à cause des décors) (à l’heure de se mettre sous la couette avec un bon bouquin) dépasse aussi les 60 minutes.

Mais alors pourquoi pourquoi tant de fascination pour ce monument de sourditude liée à l’abondance de la cuivraille, d’épuisement moral et de challenge musculaire, hein, te demandes-tu ?

Eh bien parce que bon sang, que cette tension musicale qui fait mal fait du bien ! Je ne parle pas de la fameuse Chevauchée guerrière que tout le monde attend, non, je te cause des neuf autres dixièmes de l’œuvre. Froncer les sourcils d’émotion romantique et torturée, vivre à travers les sublimes mélodies du violoncelle, du hautbois et du cor anglais les tourments des personnages, comprendre toute l’action en un clin d’œil  musical (wagnérien, donc long) grâce au subtil jeu de construction des leitmotivs… en vrai je m’éclate. Je souffre et j’aime ça, oui, donc – on en revient au titre du jour – j’aime l’amour qui fait boum (mais juste dans mon cœur).

Mon moment de chiale préféré de l’opéra ? Les adieux de Wotan à Brünnhilde (Leb wohl) qui font que je prévois un kleenex spécial à chaque représentation. Et que je t’offre en cadeau pour faire pleurer ton dimanche d’hiver, parce que parfois, la mélancolie est une sublime maladie.

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