Préparez vos mouchoirs

Troisième âge, prends garde à toi : la musique qui fait pleurer les mamies – et j’espère toute la ville – débarque à Toulouse ! Nous donnerons Lucia di Lammermoor un petit paquet de fois au Théâtre du Capitole dès la semaine prochaine et que voilà une production qui s’annonce jouissive !

Bon, c’était pas gagné en ce qui me concerne : j’ai eu beaucoup de mal à regagner des points d’énergie au retour de la tournée asiatique (voir les épisodes précédents). Et puis autour de moi la motivation ne semblait pas à son comble. Pour preuve ces quelques bribes de conversations saisies ça et là :

– Et alors, c’était comment ?
– Génial : on a baisé toute la nuit !

(le jeune collègue mâle dans toute la splendeur et la finesse de son investissement artistique, modeste et très classe à la fois, un délice)

Ou encore plus à côté de la plaque, surtout venant de la part d’un violoniste « à responsabilités » :

C’est ennuyeux cet opéra, tous ces pizzicati… franchement, ça n’a absolument aucun intérêt : c’est pas assez difficile.

(gros plouc, arrête donc de jouer dans la fosse, ça nous fera des vacances)(oups, je l’ai dit)

Oh bon sang… d’abord se fendre de quelques éclats de rire, d’un quintuple palmier de visage, et puis ensuite et surtout se concentrer sur les bonnes personnes, le bon état d’esprit et les bonnes ondes…

Parce que oui, c’est vrai – et tout spécialement quand on joue comme moi du second violon – que quand on se retrouve avec du Donizetti à se mettre sous le Marcel, on ne doit pas s’attendre à une partition très très évoluée. C’est plutôt ploum-ploum land (ou bien *oum* tadidadida *oum* tadidadida, pour les intimes). Mais comme disait l’autre jour notre fabuleux chef (ah, Maurizio !), « c’est du belcanto, pas du belorchestra ». Donc nous, l’orchestre, sommes là pour accompagner, ponctuer, rythmer, bercer et mettre la voix en valeur, c’est même le B A BA de l’opéra. Donc si on y met du cœur, de la musique, du sourire et de l’énergie, il n’y a aucune raison de s’ennuyer.

Et puis bon sang, pourquoi bouder son plaisir d’être au second plan quand la mélodie est certes, parfois facile, mais tellement merveilleuse ? C’est savoureux, sucré, ça croque sous l’oreille, ça colle délicieusement aux dents et ça vaut mille et un bonbons de rêve. Et surtout, ça va se chanter sous la douche pensant trois semaines, quel bonheur !

Un exemple pour la route ? Alors, un des airs les plus connus de Lucia est Oh, giusto cielo!…Il dolce suono, on l’entend même partiellement dans Le 5ème élément, c’est dire. Mais moi, ce soir, pour fêter mon weekend, je préfère t’envoyer du lourd, du chabada-chabada (je l’ai même écrit sur la partition) de la mort et de la dégoulinure en folie avec du solo de violoncelle inside.

Ouais, ce soir, je ne reculerai devant rien, même pas devant un ténor qui meurt, voilà. Prépare tes kleenex. Alfredo, c’est à toi pour Tu che a Dio spiegasti l’ali.

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