Vent d’antan

Quand j’étais gamine, on passait les vacances de la Toussaint à Reims chez les grands-parents. Je me rappelle le brouillard, le froid humide qui glace la truffe, les promenades en forêt quasi-quotidiennes baignées de l’odeur – que j’adore – des feuilles mortes qui pourrissent et d’une lumière du jour triste comme un vieux néon des années 70. Pendant ces balades, mon frère pratiquait en général son sport préféré, à savoir me rendre chèvre, par exemple en me jetant quand je ne m’y attendais pas des glands sur la tête. Et moi je chouinais et couinais, ratais mes vengeances parce que ses réflexes étaient meilleurs que les miens, et ne rêvais que d’une chose : revenir au chaud dans cet appartement qui sentait bon la tarte tatin de mamie.

J’ai grandi et quitté mes manteaux tricotés en patchwork de laine à poils longs (70, vous dis-je) et mes moufles, et mon nez ne coule plus jamais sous le ciel souvent triste de la cambrousse champenoise d’automne. Je fais ma vie de piétonne citadine dans un centre ville sec et pauvre en arbres, et où la température très douce de ce 1er novembre m’a carrément incitée à m’offrir une boule de glace à la noix de coco en sortant du cinéma.

Aujourd’hui, j’aurais vendu Marcel pour pouvoir jouer à cache-cache sous les fantomatiques et burtonnesques Faux de Verzy, glisser dans la gadoue et me vautrer dans ce parfum de champignon si typique des forêts humides du nord-est à cette époque de l’année. Oui, aujourd’hui, l’odeur du caramel de la pectine des pommes attaché au fond du moule tout pourri en tôle me manque un peu.

Les Faux de Verzy en hiver, par Charlotte Noblet (source : Wikipedia)
Les Faux de Verzy en hiver, par Charlotte Noblet (source : Wikipedia)

7 thoughts on “Vent d’antan

      1. Oh ! aux longs poils. Ça me rassure. J’ai vu un jour un film du Nord de la Corée où la distraction favorite des villageois étaient d’aller en ramasser (des glandus pas des Totoros)…

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        1. Ils transportent des gros cailloux aussi ou sacrifient leur Life pour sauver la chèvre du village… Mais ça c’était avant
          Sous Kim ils sont tous garçons coiffeurs

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  1. Devenir chèvre… à poils longs, ah ah!
    J’ai un peu les mêmes souvenirs odorants et transis de mon enfance quasi vosgienne. Il y avait aussi les marrons grillés qui cramaient les doigts! Cette année je ne regrette pas mais c’est arrivé, si-si.

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    1. On a compris ce weekend pourquoi ça sentait pas trop la feuille morte pourrissante dans le coin, en tout cas, vu que je me demande quand elles ont réussi à atterrir tout court avec ce vent 😀

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