Les chiffres et les notes

IMG_1746bis

J’ai replié et rangé hier soir le machin ci-dessus et remisé la saison musicale 2014-2015 dans mes archives. Traduction : le moment où le bureau est en pause estivale est venu, car notre orchestre cesse son activité jusqu’au début du mois de septembre (oui, cette année les vacances sont particulièrement longues)(youpi)(va pas nous traiter de fainéants, ce break compense en partie nos dimanches, soirées et autres jours fériés travaillés).

Et moi qui ne cause ici  – succinctement – que compositeurs, œuvres, trac, coups de cœur, enregistrements sonores ou télévisés, j’ai décidé aujourd’hui de dire autrement ce que c’est qu’une année musicale pour un musicien professionnel titulaire de son poste dans un orchestre (oui, j’ai la chance de ne pas être intermittente, je dis chance parce que c’est un statut qui est devenu difficile pour la très grande majorité de ceux qui en bénéficient en France). Autrement et un peu chiantement, c’est vrai, mais je me dis que pour qui n’a pas la moindre idée de ce qu’est notre métier ça peut être intéressant, même si ça n’empêchera que le fameux « Et sinon, tu fais quoi comme boulot ? » me retombe régulièrement sur le coin du bec.

Attention, c’est parti.

Dans mon orchestre d’amour, j’ai actuellement 110 collègues sur un effectif théorique de 125 musiciens (non, je ne les aime pas tous, tu rêves ou quoi ? J’en apprécie plein, ça suffit à mon bonheur). Entre septembre 2014 et juillet 2015 notre formation a donné 5 représentations de ballet, 34 d’opéra et 76 concerts symphoniques, dont 13 en Allemagne, au Japon et en Espagne.

Pour ma part, j’ai participé à un ballet (donné 5 fois), 3 opéras (donc 16 représentations) et 49 concerts symphoniques, soit 29 programmes musicaux différents. Ce qui représente 798 heures le fessier posé sur une chaise devant un pupitre au bureau, mais ne compte évidemment pas toutes celles – nombreuses – que je passe à la maison à martyriser Marcel pour préparer tout ça. Ni le temps passé en bus, train et autres avions (144 heures)(non, c’est pas moi qui compte, tu rigoles ou quoi ? Je te rappelle que je souffre de violentes allergies numéraires…). En moyenne, ça nous fait presque 2 spectacles par semaine, ce qui n’est pas tout à fait rien et suffit en un an à épuiser bien fort la merveilleuse et sublime femme pleine de volonté que je suis.

Ce que je ne mentionne pas dans ce bilan comptable ? Les ricanements en répétition et en concert, les très nombreux moment d’extase et d’envol musical, les crises de couple avec Marcel – sérieux, ce violon a un caractère de merde – les soirées avec ceux qui sont plus que mes collègues, les prises de chou existentiello-artistiques et surtout les plaisirs multiples que m’apporte mon métier (environ 150 000 000 000).

Ce métier qui de facto est plus ce que je suis que ce que je fais… mais que je vais tout de même oublier complètement pendant 3 semaines, histoire de mieux l’adorer à la rentrée.

Et toi, 🎶 qu’est ce que tu fais pour les vacances 🎶 ?

9 commentaires sur « Les chiffres et les notes »

  1. ça n’a pas grand-chose à voir avec le schmilblick mais, pourquoi il s’appelle Marcel, au juste ?
    Je dois dire que mon Jean-Georges (du nom écrit sur son étiquette) a plutôt bon caractère, s’il se révolte contre le froid au moment d’être accordé (et s’est carrément fait astiquer une clé à la colophane) il est quand même vachement coulant pour un vieillard que je ne prends le temps de faire sonner qu’une fois par semaine… peut-être parce que je l’ai appelé mon « fils caché » et que, comme mon vrai fils apparu 10 ans plus tard, il a décidé d’avoir l’indulgence et la patience de sa « maman »…

    J'aime

    1. Parce qu’à force de dire que je vais chauffer et à cause du fameux « Chauffe, Marcel ! », ce qui était une vanne a fini par rester…
      Ben t’as du bol avec ton pitchoune, profite 😉

      J'aime

      1. Je dois dire que depuis que mon fils sait sourire, j’ai un peu peur de faire un autre enfant, et d’être déçue s’il n’a pas ce caractère sociable, gentil, souriant. Il me ressemble beaucoup, et comme ma gentillesse me joue parfois des tours, j’ai aussi un peu peur pour lui…
        Quant au bon caractère de mon violon, je pense que l’indulgence du chef d’orchestre, la confiance qu’il met en nous, et le fait d’avoir à côté de moi des gens qui jouent nettement mieux et me mettent le bon son dans les oreilles, y sont aussi pour beaucoup.

        J'aime

  2. Pensant 5 secondes interminables j’ai pensé que tu nous avouais ton salaire. J’ai regretté de ne pas avoir fait solfège 😅
    Excellentes vacances à toi !

    J'aime

  3. Très belle ode au métier de musicien d’orchestre. Mais tu as oublié dans ton décompte le nombre d’heures /années passées à bosser ton crin-crin en plus de ta scolarité. L’équivalent de BAC + 15 je dirais. Alors profite de tes vacances, c’est un ordre!

    J'aime

  4. Tu as résumé en quelques mots exactement ce que je ressens de ta manière d’envisager ton métier (et le mien au passage) : « plus ce que je suis que ce que je fais ». Et toutes ces heures parfois pesantes, parfois questionnantes.et parfois jubilatoires te donnent amplement le droit d’aller t’aérer et te dégourdir les doigts… de pied !

    Aimé par 1 personne

Un commentaire ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s