L’autre Leo

Il est un Leo qui me met en transe, en sueur, me surprend à chaque fois par l’intensité de sa créativité et son originalité. Mon Leo à moi n’a jamais été Romeo, ni Jack sur un bateau qui coule – poursuivi par une charmante damoiselle qui crie « Jack ! Jack ! Jaaaaaackblourb ! » – ou loup haut perché à Wall Street.

J’ai d’abord rencontré ses incroyables quatuors qui m’ont tiré des larmes d’une acidité à en faire pâlir un citron de jalousie. Puis bien plus tard au bureau, j’ai été une spectatrice happée par Katja Kabanova; et enfin nous avons joué son opéra Jenůfa, dont le livret rivalise avec celui de Lulu de Berg pour sa sordide glauquerie tellement réaliste.

Leoš Janáček. À chaque fois qu’il passe, c’est à dire pas assez souvent, ma froideur trépasse (oui, c’est pas bien compliqué pour une éponge émotive dans mon genre). Parce que cette manière toujours surprenante de cuisiner des mélodies quasiment folkloriques et/ou pastorales avec des cris suraigus, des motifs répétés comme des coups de poignards, de les assaisonner de douleurs jamais vraiment sentimentales ou de douceurs trop amères pour être honnêtes me secoue. Janáček a donc construit le seul grand huit qui ne me rend pas malade et dans lequel je remonterai toujours avec le même plaisir masochiste (oui, petit détail : c’est difficile).

Et comme ça tombe bien, dis donc, vu qu’on en fera trois petits tours cette semaine avant de nous en aller batifoler entre les murs de la Philharmonie de Berlin (si si) : un ce soir à Tournefeuille, le deuxième demain soir dans nos murs sera filmé pour Arte Concert et Mezzo (mais le troisième vendredi est privé). On constate que le programme de ces soirées est archi-dense –  Janáček, Martinů et Rachmaninov sont dans le même bateau – et promet d’être aussi émouvant que musclé. En passant, si tu te demandes à quoi ça ressemble de l’alto, tu ne dois pas rater ça.

De toute façon tu as compris : ce programme monumental me fascine autant qu’il m’effraie. Un peu moins le sucre de Rachmaninov, j’avoue… Avant de filer gratter Marcel qui proteste face à cet afflux de quartes et autres quintes pourries, je pose ici en guise de chatouillis le final de la Sinfonietta de Leo (que tu dois peux aussi écouter en entier en cliquant )(les groupies de Murakami retrouveront aussi dans cette musique un des acteurs de sa trilogie 1Q84).

2 thoughts on “L’autre Leo

  1. C’est vrai que ce Leos-là est infiniment plus sympathique que l’autre (Leos d’impôts). Mais par les temps actuels c’est le second qui prédomine…

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