Daphné du laurier

Vu que nous n’avons pas donné notre première de Daphné de Richard Strauss (et j’espère que quoiqu’il arrive ce soir, le public saura se montrer moins sourd et plus digne que celui de dimanche, dont la violence verbale dépassait l’entendement), je considère donc que l’aventure commence aujourd’hui.

Le Bernin, Apollon et Daphné

Daphné est un épisode de la mythologie grecque qui se déroule dans un décor bêlant et pastoral, et raconte l’histoire d’une belle jeune fille qui ne se sent pas prête à batifoler. Sauf que ses parents ont organisé un grand speed-dating dionysiaque et qu’ils lui font comprendre qu’il est temps qu’elle passe à la casserole. Son ami d’enfance, un berger, ira même jusqu’à se déguiser en femme pour l’approcher sans l’effrayer alors qu’elle l’a déjà repoussé une fois. Le deuxième prétendant aux galipettes avec la belle n’est autre que Apollon himself, mais lui non plus n’est pas fichu d’être honnête avec elle.

Du coup, elle refuse de cliquer sur « Like », les deux gars se crêpent le chignon et le dieu tue le berger. Afin ne pas être puni par Zeus pour ce méfait, il demande tout de même à obtenir Daphné (cherchez l’arnaque pour la nana, mais c’est de sa faute, elle n’avait pas à être aussi charmante, je suis sûre qu’elle devait s’habiller en jupette, cette traînée) mais sous la forme d’un laurier.

Je souhaite juste qu’on m’explique l’intérêt de remplacer son potentiel amour/coup d’un soir/partenaire de pacs (rayer la mention inutile) par une plantuche qui, au pire, sert de buisson décorant une deux fois deux voies aux abords du Cap d’Agde, ou au mieux d’herbe aromatique dans un haricot de mouton. Mais je m’égare…

« Et la musique, tata Nekko, comment qu’elle est ? », me demandes-tu. Mélodique, fraîche, charmante par bien des aspects. L’ami Richard se repaît de lignes interminables et d’harmonies glissantes et modulantes, la tension est constante, les voix que je peine à entendre d’où je suis (noyée au milieu de mes 85 collègues) semblent magnifiques.

Après, à titre très très personnel, en jouant, je ne retrouve pas les frissons que j’ai pu ressentir dans le Chevalier à la rose ou Salomé. Trop de notes, mon cher Richard, beaucoup trop ! Je comprends bien que tu aies envie d’un tapis sonore touffu et tout fou pour étayer ton propos (je comprends beaucoup moins l’emploi du cor des Alpes grecques et antiques). Mais à vouloir décorer partout, parfois, on perd son propre fil et risque d’égarer l’auditeur, surtout pendant presque deux heures non-stop. Surtout quand tout est tension sans détente, aussi.

Cela dit, ne crachons pas dans la soupe de triple-croches avec 92 bémols à la clef pendant 45 pages : ne serait-ce que pour la sublime scène finale de la transformation de Daphné en laurier-sauce, l’œuvre mérite d’être découverte.

Sur ce, je file avaler une boîte de Lysanxia pour gérer le trac lié à la difficulté de la partition avant d’enfiler mon habit de lumière noire. Adieu (larme de trouille).

8 commentaires sur « Daphné du laurier »

  1. L’autre jour j’écoutais je ne sais plus quoi de Strauss, mais c’était du Strauss, et je me faisais la réflexion justement qu’il y avait beaucoup trop de notes dans ces opéras (et trop de volumes sonores mais j’imagine que ça tient à l’interprétation).

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    1. Et tout le paradoxe vient de là. Moi je peste contre la surcharge d’écriture, parce que souvent je préfèrerais m’attacher à la ligne lyrique sublime plutôt que de tenter de doubler parfaitement le 6ème cor, la 1ère clarinette et la douzième contrebasse dans des avalanches de triple-croches 😀
      Après, le constat est toujours le même : oui, c’est fort, c’est tout much. Et hier, même sourde à la sortie, j’ai trouvé ça sublime ! On va passer sur France Musique, tu gagneras un lien pour essayer gratuitement 🙂

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  2. Pour noyer la fatigue d’après-première-qui-n’aurait-pas-du-en-être-une, je suggère une petite chopine à l’Auberge de la Jamaïque où le barman est peut-être le fameux Amant du Capricorne.
    Et si tu arrives à rebondir sur ce commentaire cryptique, je te fais une ovation… 😉

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