Chronique de la crétinerie ordinaire

Elle est comme les femmes : faut la taper, y’a que ça qu’elle comprend.

Cette phrase a été prononcée hier, quelque part au beau milieu d’un moment d’une banalité totale. La scène s’est passée dans une petite ville comme notre pays en compte tant, dans un bar/brasserie on ne peut plus quelconque mais ayant l’avantage d’être ouvert un jour férié (concert et temps limité obligent, il nous faut souvent faire des choix plus alimentaires que gourmands). Notre table de collègues et néanmoins amis était composée de 4 personnes, j’étais donc une des trois femmes qui ont entendu cette phrase et écarquillé les yeux.

Oui, le serveur venait enregistrer notre commande hautement gastronomique – pizzas, lasagnes, bavette. Il pestait contre la machine qu’il utilise pour ça, elle avait dû s’éteindre, et nous le regardions, l’air amusé, tenter de la ranimer en la frappant très violemment sur notre table. C’est là qu’une de nous, de sa voix douce et ironique, lui a demandé si c’était toujours comme ça qu’il parlait à cet engin. Et c’est donc à cet instant que nous avons entendu cette merveilleuse réponse :

Elle est comme les femmes : faut la taper, y’a que ça qu’elle comprend.

Mon collègue masculin cherche désespérément dans l’attitude de l’auteur – un élan d’optimisme et de foi dans la nature humaine, sans doute – un brin de second degré qui rendrait le truc très très beauf mais pardonnable. En vain. Je déclare à la cantonade que nous sommes la table parfaite pour faire ce genre d’humour. Le garçon ne bronche pas, il se contente de ne pas sourire du tout, et de répéter ses mots :

Elle est comme les femmes : faut la taper, y’a que ça qu’elle comprend.

Il doit en être fier, il doit vraiment penser ce qui est sorti de sa bouche. La mâchoire de ma voisine de gauche en tombe sur ses genoux, splatch, un peu comme plus tard mon morceau de pizza sur l’abominable moquette…

Splatch

Il m’arrive de dire qu’il est parfois bon de côtoyer le pire, que ça crée des références. Mesdames, messieurs, ma conclusion du matin (oui, midi et des poussières quand tu rentres du travail à 00h50, c’est encore le matin) est que nous avons encore beaucoup à faire en matière d’éducation.

Que c’est par elle, et elle seulement, qu’un jour peut être…

[insérer ici un couplet sur la tolérance, le respect de toute la nature humaine (oui, même ces salopes de bonnes femmes et ces crétins de mecs) (et éventuellement la guerre c’est mal)]

Sur ce, je retourne essayer de comprendre comment je trouverai assez de forces à réinvestir dans le génialissime concert fleuve de ce soir. Bisou.

6 commentaires sur « Chronique de la crétinerie ordinaire »

    1. Face à quelqu’un qui ne semble même pas armé pour comprendre l’énormité de ses propres propos, la colère aurait été de l’énergie gâchée. En revanche si on n’avait pas manqué de choix à cause du jour férié, je pense qu’on partait.

      J'aime

  1. Ce qui sonne étrangement, c’est la répétition mot à mot, comme un mantra dont il a été convaincu et dont il doit se convaincre. Dans ce que tu décris, j’ai l’impression qu’il ne cherchait ni à vous convaincre ni à provoquer. L’enfermement… Triste. Et je plains celles qu’il croisera.

    J'aime

Un commentaire ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s