Bloody Saturday

Ce petit papier impudique ne signifiera probablement pas grand chose pour toi, lecteur égaré, et je t’en demande pardon. Pars si tu as l’impression d’être pris en otage, n’hésite pas.

Mais pour moi il est nécessaire, non pas parce que je souhaite qu’on me plaigne, mais parce que c’est sur cette page que le trop jeune homme que j’évoque ci-dessous et moi-même avons échangé nos dernières paroles. C’était il y a plus de trois ans, une divergence d’opinion violente qui à l’époque m’avait rendue malade parce que je savais que je ne réussirais pas à revenir en arrière et que notre lien était brisé. Faire son deuil virtuel m’avait été douloureux. Faire le vrai me prend par surprise, et il me faut d’abord commencer par boucler ce très vilain looping : j’ai besoin d’évoquer ici l’affection peu ordinaire qui nous a liés pour que mes regrets les plus bêtes, ceux que je traîne depuis ces derniers mots, laissent place à d’autres sentiments.

Voilà, aujourd’hui un pan de ma vie part en fumée dans le ciel, en plein vol.

Un amour du siècle dernier, très fort. Un ami, un vrai, sans conditions ni concessions. Je garderai en moi la trace de trente ans côte à côte, et des valises d’images, de musiques, de niaiseries, de voyages, de frayeurs et de rires. Même si je t’avais déjà un peu perdu, tu me manqueras très fort. Avec deux aime comme dans In Memoriam qui en prend trois.