Royales canines

Adam (Tom Hiddleston *) et Eve (Tilda Swinton) sont nobles et majestueux, beaux comme un péché originel. Ce sont deux dandys chics et superbes, habillés de pièces de musées qui sur eux ne ressemblent jamais à des fripes. Ils lisent la poésie dans toutes les langues, ils savent tant sur beaucoup, et déballent si souvent leur latin à tous les coins de rue que ça pourrait en être agaçant. Ils sont autant blasés par les ans qu’amoureux comme au premier jour. Leur bande son est guitare électrique crépusculaire de collection – forcément – ou Paganini (ce qui donne un playback raté, évidemment, fallait pas choisir l’intro du 5ème Caprice…). Leur vie n’est que art et bazar, à Detroit ou à Tanger, et la lumière de leurs décors – même crasseux – est toujours splendide. Ils sont asociaux, n’aiment pas la mode, parce que pour tout dire, ce sont eux qui la créent, la mode. De toute façon, l’agitation et les excès sont vulgaires à leurs yeux, mais on ne leur en veut pas : leur goûts sont tellement sûrs. Ils sont royaux et le sang leur va si bien.

Bref, je crois que les deux vampires vedettes de Only Lovers Left Alive sont absolument tout ce que je rêvais d’être quand j’avais 16 ans. Et de surcroit correspondent pile-poil à mon imagerie personnelle du buveur de sang. J’ai donc été happée et fascinée par ce film de B à Z (j’enlève le premier plan aérien et circulaire, bien trop long étant donné qu’il m’a immédiatement filé mal au cœur)(ben oui, j’étais une adolescente littéraire, sombre, sophistiquée et romantique, certes, mais je suis toujours aussi hypersensible de l’oreille interne, hein). Je me suis complètement fait avoir par les lenteurs de Jarmusch qui, dans ce film, se complait avec une ironie pleine de tendresse dans toute cette panoplie vampiresque. Il joue avec les clichés pour les mettre en valeur autant que pour en sourire. Alors oui, l’histoire n’avance pas vite, mais la seule chose qui se dépêche pendant ces deux heures, c’est Ava, la petite sœur énervante, et elle se fait envoyer paître par Eve et Adam tellement sa place est ailleurs (mais bon, elle aime des trucs qui feraient d’excellentes daubes du dimanche, quelle idée, aussi…). Rageuse, elle finira par leur jeter au nez qu’ils ne sont « que deux snobs condescendants ».

Oui, certes, mais les snobs condescendants les plus aimables du moment.

OLLA2

* Ouh, voilà bien longtemps que je n’avais pas bavé sur un mâle à l’écran à ce point-là… ce nez, mamma mia ce nez…

4 commentaires sur « Royales canines »

  1. Yihaaaa ! Mon flair ne m’avait pas trompée… bon mais Jarmush aussi, hein. Qui apparemment explique qu’il a soigneusement enlevé toutes les scènes de genre à mesure que les producteurs refusaient son film car manquant de scènes de genre, hihihi… superbe interview ici http://next.liberation.fr/cinema/2014/02/18/jarmusch-sang-bleu_981160 Bon, je vais avoir de quoi regarder, lalalala ! D’ici à ce que cela nous donne envie de relire Anne Rice… #NonOnNARienDAutreAFaireEnCeMoment 😉

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    1. Hey merci pour le lien ! En tout cas, si tu te lances, j’espère que tu tomberas aussi dans le panneau parce que ce film est pour moi un de ces moments où tu as conscience de te faire complètement avoir mais well… tu continues quand même, parce que même coupable, le plaisir est indéniable 🙂 Chocolate for the soul… (et il faut arrêter les # , maintenant, madame ;-))

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