50 nuances de blanc

Le bon sens populaire – oui, celui qui te cause de tiens, de « tu l’auras », d’œufs, de bœufs, de cruches et de mousse – essaye de nous faire croire que la musique est un langage universel (voire même que c’est un cri qui vient de l’intérieur parce qu’elle a parfois des accords majeurs).

Mes lapins d’amour, je m’insurge : c’est faux et archi-faux. Autant certains compositeurs/sons/styles provoquent chez l’auditeur des réactions spontanées (exemple : Bob Marley m’insupporte, Chostakovitch me donne des envies de suicide énamouré, Bach et Jarvis Cocker me mettent en transe, Schubert peut me faire pleurer, etc etc…), autant il est quand même fréquent que, sans le mode d’emploi, il soit impossible d’avoir une opinion sur ce qui t’arrive dans l’oreille.

L’exemple typique du jour s’appelle Sibelius et il faut quand même dire les choses comme elles sont : cet homme ne se contentait pas d’être finlandais, il composait aussi en chinois finnois. Ce qui signifie clairement que sans décryptage musical, et comme votre servitresse lors de ses premières écoutes, on peut rester carrément perplexe voire désespérée, et se dire que ouh, la semaine de travail va être très très très longue en compagnie de cette 6ème symphonie de l’étrange et de ses fins en queue de poisson fumé. Quand soudain, tel un dictionnaire des mystères du langage musical nordique, surgit devant toi Zorro un grand blond charmant un chef d’orchestre qui se met à pétrir ta symphonie et à la cuisiner pour en faire ressortir toutes les nuances subtiles, dans une palette allant du pastoral neigeux nostalgique au romantique baroquisant en passant par le folklore lancinant.

Le blanc monochrome un peu rasoir venu du froid se révèle alors tour à tour souriant, angoissant, magique, dansant et apaisant. Je n’avais pas ressenti cette évidence dans la vision d’une œuvre de ce compositeur depuis que ma colocataire finlandaise m’avait fait découvrir la mythique et merveilleuse interprétation (en vérité et en toute subjectivité, la seule et l’unique valable) du superbe Concerto pour violon par Leonidas Kavakos. Plus le travail avançait et plus j’appréciais la pièce ; et alors que mardi je n’aurais pas parié un kopek sur mon plaisir à la donner hier soir en concert, je me suis au final vue sourire comme une idiote de bonheur en jouant.

Décidément, je fais un métier vraiment pénible…

La Symphonie n°6 de Jean Sibelius est ici interprétée par le RSO et dirigée par Esa Pekka Salonen (mon mouvement favori est le final et il démarre à 18’59 »).

8 thoughts on “50 nuances de blanc

  1. « Vous êtes Indien
    -Non, je suis Tulora
    -Il y a une différence ?
    -Oui, Indien vaut mieux que deux Tulora »
    François Pérusse
    ça résume assez bien mon avis sur le bon sens populaire

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  2. Sinon je dois dire qu’un bon chef d’orchestre, en plus de bien diriger et d’avoir de l’humour (et d’aller faire risette à nos mômes pendant qu’on s’accorde), c’est quand même quelqu’un qui doit nous aider à rentrer dans l’oeuvre et nous la faire comprendre, non ?

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