La guerre du feu

Viens donc ici que je te parle des feux de l’amour du plaisir (de la musique, voyons ! Ici c’est une page très professionnelle où, jamais au grand jamais il ne sera fait allusion à des choses bassement terrestres et à des bonheurs de base comme la gourmandise, ou encore les autres gourmandises, oui, celles-là, non non non, tu penses bien). Ou plutôt de comment j’ai cru que je les avais définitivement perdus, tellement longtemps s’était écoulé depuis que je n’avais partagé des sensations plaisantes à plusieurs.

Eh oui, parfois la vie est ainsi faite, et le hasard des choses met de belles rencontres sur ton chemin. Ou pas. Parfois tu luttes, tu veux éprouver des frissons coûte que coûte, parce que c’est en eux que tu crois. Donc tu essayes de faire abstraction de maladresses ou de lacunes, tu relativises, tu tentes soit le surinvestissement, soit la distance pour arriver à tes fins et rien n’y fait : le ressenti du moment M te rappelle douloureusement qu’atteindre le sommet n’est pas automatique. Et c’est là que, remuant avec ardeur ta propension au doute, cette situation d’absence d’exaltation qui se prolonge un peu trop t’amène à cette terrible conclusion : ce ne sont pas tes partenaires qui sont la cause de ta froideur mais toi-même.

C’est fini. Quinze ans de passion ont tué ton feu et tu es  devenue frigide de la musique (hey, what did you expect ? je t’avais dit qu’on parlait bureau !). Maintenant, tu attends la retraite en comptant tes défraiements de repas en tournée, tu guettes les dépassements d’horaire en espérant le paiement d’un quart d’heure supplémentaire et bientôt tu revendras tes tickets restaurant à tes collègues (toute ressemblance avec des personnages existants n’est absolument pas fortuite). Tu transpires d’angoisse devant cette vieillesse de l’âme, tu hésites à écrire au Président pour demander qu’on t’euthanasie tellement tu as honte d’être mort.

Et soudain il suffit de quelques jours et la vie redevient belle, épuisante, exaltante, et la musique laisse ton corps et ton coeur moulus comme après un weekend de galipettes avec un amant attentionné. Non, ce n’était pas ta faute (ou alors juste un tout petit peu), tu peux encore beaucoup, tu peux même encore plus et encore mieux, et c’est comme ouvrir la fenêtre après plusieurs moi d’air conditionné : tu respires à nouveau. Les épaules se détendent, le sourire revient, et tu as un nouveau moment magique au compteur de tes souvenirs d’exception (merci patron, merci merci merci). Je te l’offre, il suffit de cliquer sur l’image ci-dessous.

Montpelier

Et voilà, dans quelques jours je serai en vacances après un dernier concert dans la région, le dernier de la saison 2012/2013 de mon ONCT (oui, il est mien et j’en suis fière). Et c’est comme un film qui finit bien : je ferai une courte pause dans mon travail personnel non pas parce que je suis fourbue ou parce que c’est sanitaire, mais juste par commodité. Et ça, ça change tout ! En attendant de retourner jouer du Ludwig demain, je suis crevée, donc je lâche un peu le caillou, si tu permets.

4 commentaires sur « La guerre du feu »

    1. Je vais te désillusionner sur le cadre : la photo de France Musique n’a rien à voir avec l’opéra Berlioz du Corum à Montpellier (mais qui est une très belle salle, par ailleurs)
      Et merci 🙂

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      1. ah oui je me disais bien aussi qu’il manquait des murs et un toit 🙂 mais bon les gens du sud ils font des trucs parfois que l’on ne comprend pas dans le Nord 🙂

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