Chinoiserie furtive #5

Le bâtiment est grandiosement moderne, on sent bien que pour ce « Centre Multiculturel » de Tianjin où nous avons joué ce soir en sandwich entre environ 5 ou 6 heures de bouchons – l’horaire théorique d’un trajet dans Pékin et ses alentours semble devoir être souvent rallongé d’une heure – on a mis le paquet.
Dans la salle à l’acoustique flatteuse et agréable (enfin, il était temps : la dernière prestation avant le retour c’est demain !), le design est soigné jusqu’au plafond et l’arrière-scène est confortable.

On se concentre à fond, fatigue oblige ; on entre sur scène avec le sourire un peu crispé du stress en longeant les drapeaux français et chinois qui servent de décor (on comprend bien pourquoi nous sommes venus jouer ici : nous sommes déguisés en poignée de main diplomatique).
Bref, on est motivé pour s’appliquer et démarrer le concert avec le Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy. J’attends le merveilleux solo de flûte les yeux fermés et pleins d’envies d’émotion. J’ai pleine confiance en notre flûtiste pour ça… sauf que comme chaque soir, c’est le drame. Le sacrilège total.
Car ce pays n’est qu’un bruit, un vacarme incessant, un boucan permanent qui tape sur les nerfs. Même en concert. Le public n’éteint jamais son téléphone, discute à haute voix, tousse à la limite du crachat, fouille dans ses sacs en plastique et claque des talons (oui, il se promène aussi). Aucun de nous n’avait souvenir de cette dramatique incapacité à couper le son ne serait-ce que 10 minutes chez le public en Chine. Je suis dans le pays qui ne s’arrête jamais, et heureusement que j’en repars bientôt : cette nuit, après un cauchemar j’ai entendu une chose dont j’avais oublié l’existence. Oui, cette nuit j’ai entendu le silence et je crois que jamais ce vide ne m’a autant émerveillée et emplie de joie.

2 commentaires sur « Chinoiserie furtive #5 »

  1. Ca doit être horrible ! Dire qu »en France on fusille du regard le moindre toussotement qui dépasse le seul de 5 décibels et demi…
    Mais ils viennent au concert vraiment pour écouter ou juste pour faire bien ?

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    1. J’ai l’impression (peut être fausse) que la majorité du public n’a pas encore connaissance de certains codes. Pour notre dernier concert à l’université de Pékin on a eu un silence normal et c’était donc un public éduqué. On dirait que pognon ne rime pas forcément avec éducation…

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