Au bout du Fort Apache

Pas évident de réunir sous le même post deux œuvres cinématographiques qui ont autant à voir l’une avec l’autre qu’un dindon et une horloge (merci Tambour Major pour la locution). La faute à l’utilisation que les auteurs ont fait de la musique en élaborant leurs films, parce qu’il se trouve tout bêtement que les procédés étaient si différents qu’ils m’ont sauté au museau assez violemment. Mais ça m’apprendra à faire le grand écart stylistique en si peu de temps, aussi…

Je suis polyglotte Dans le rôle de la moutarde à l’ancienne pour une sauce on ne peut plus traditionnelle, nous avons donc Le massacre de Fort Apache.

Ah, mon amour des madeleines en forme de western était comblé samedi quand j’ai croqué dans celle-là : une poupée de porcelaine (Shirley Temple qui pose et repose), un gradé frustré en manque de pouvoir (Henry Fonda), John Wayne avec sa grande gueule, une flopée d’Irlandais, des Apaches, de l’honneur et des trahisons… quel délice !

Et forcément, j’ai les oreilles qui traînent (on n’arrête pas un tic) et j’ai été frappée par le côté symphonique et grandiloquent de la bande originale. Je fouille et me rends compte qu’elle est signée de Henry Tucker, qui a aussi commis celle de Autant en emporte le vent. Mais surtout, pour la première fois (et spécialement pendant les scènes de charge), j’ai vraiment la sensation que si la caméra recule, je vais trouver un orchestre sous l’écran, accompagnant le récit et le marquant à la culotte comme un chef d’orchestre suit les pieds des danseurs pendant un ballet : pas de montage dans le son, la partition se déroule en se renouvelant sans cesse (mais hélas pas toujours bien, c’est un peu filandreux) au fur et à mesure que l’histoire avance. Il  a des couacs, on sent bien qu’on n’a pas fait quarante prises ni saucissonné le résultat en vue d’une certaine perfection numérique, il y a un petit côté fait maison. Le moment où ‘est devenu le plus évident est cette scène de bal : à la moitié, l’orchestre ralentit furieusement le tempo pour s’adapter aux pieds des acteurs. C’est pas très discret mais très attendrissant de spontanéité.

Et ça cassait surtout furieusement avec une autre manière d’utiliser la musique (pas juste comme faire valoir donc) à laquelle j’avais été confrontée la veille en allant voir sur grand écran Au bout du conte.

Désolée, je l'ai pas trouvée en polonais

Alors je ne souhaite pas détailler tous mes bonheur devant ce film. Je peux juste dire que sa richesse visuelle m’a émerveillée même si je n’ai pas adhéré au côté très « cheap » des illustrations des changements de chapitre en trucage pas cher : j’y ai vu des chats bottés, des Alice cachées dans des proportions étranges ; j’y ai vu que Bacri fait très bien le grincheux pathologique mon père Jean-Pierre Bacri, et que Benjamin Biolay est un méchant loup de première classe ; qu’Agnès Jaoui est soudain baroque, colorée, éparpillée et ça lui va comme un gant; et que les princes et les princesses ne sont ni idéaux/les ni charmant(e)s. Bref j’ai beaucoup aimé et ri (jaune, une jolie couleur pour le rire).

Cerise sur le gâteau et raison de mon amalgame du jour, j’ai apprécié la place peu conventionnelle faite à la musique dans ce film : elle y est actrice. Pas seulement à cause l’activité-passion d’un des personnages principaux (Sandro est compositeur, d’ailleurs enfin, pour une fois, on ose un son un peu contemporain, joie ! ), pas seulement parce que deux autres personnages peinent sur leur play-back d’instrumentistes – et là, à leur décharge, il faut préciser que les postures des instruments à cordes sont si peu naturelles que c’est impossible de bien faire, il faudrait juste éviter les plans larges…

Non, la musique a son cadre réservé, le Conservatoire National Supérieur de Paris, dont le design travaillé et pas très chaleureux détonne avec les frisettes exubérantes du domicile et des fringues de la fée Jaoui. Elle est dans les scènes de bal. Elle a ses couleurs, elle est vraiment bien troussée (bravo Fernando Fiszbein), elle fait des clins d’œil thématiques à Disney (Un jour mon prince viendra) ou au Faust de Gounod (Il était un roi de Thulé), jouant avec les mises en abyme de l’histoire  en accompagnant un spectacle pour enfants en forme de conte par la musique d’un autre conte, Casse-noisettes. Et je pense que j’ai raté la moitié des subtilités et des surenchères cachées dans l’image et dans le son. Mais cette richesse et cette originalité ont largement contribué à mon grand plaisir cinématographique.

J’aime tous les teasers de ce film, j’en prends un au pifomètre, entre deux poissons géants qui passent. Et va le voir. Et je te laisse parce que j’ai grand faim de loup.

4 thoughts on “Au bout du Fort Apache

  1. Je retiens que c’était pas mal sportif les danses de couple à l’époque. Tu pouvais pas trop espérer t’en sortir en te dandinant tranquillou dans ton coin. Et sinon quand j’arrêterai de perdre mes matinées à attendre le passage de France Télécom qui doit tester ma ligne ADSL qui marche pas (merci les codes Free des potes), je pourrais peut-être envisager d’aller voir Au bout du conte qui me fait super envie.

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    1. Ouais, hein, ça guinchait pour de vrai ! (il y a une autre scène de danse pour la Saint Patrick, mais bon c’est plus de la « marche » chorégraphiée, et puis la musique n’y fait pas de gymnastique ;-))

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