Ozon fait maison

(achtung petit spoiling inside) Ou comment un film fait mouche même si…

De François Ozon je n’ai vu que Huit femmes, ce n’est donc pas son nom qui m’a attirée vers Dans la maison, mais plutôt le thème qui semblait y être abordé d’après la bande annonce – et donc un gros brin de masochisme, mais j’y reviens un peu plus tard – à savoir celui de l’intrusion, du voyeurisme et du vol d’intimité.

Alors d’abord, je reste encore et toujours allergique au jeu d’Emmanuelle Seigner (ce n’est pas la première fois j’essaye de la trouver juste, je n’y arrive jamais). Mais bon, sa présence absente est largement compensée par celle d’un Luchini dont les tics d’acteur sont domptés sans être cachés (c’est d’autant plus flagrant quand la salle t’inflige une pub pour son DVD sur La Fontaine juste avant la séance). Je n’ai donc pas aimé que le moment où il se prend Voyage au bout de la nuit dans le museau. J’ai même été séduite et attendrie par le personnage qu’il incarne, ce qui ne m’était pas arrivé depuis au moins la guerre de 1870 (j’exagère un tantinet) et rien que pour ça non, rien de rien je ne regrette rien. Kristin Scott Thomas est la merveille que j’aurais voulu épouser si j’avais aimé les femmes, tant elle est encore magnifique et tellement classe. Quant au jeune blondinou qui interprète Claude Garcia, Ernst Umhauer, l’obsédée du l’esthétique nasale que je suis est complètement sous le charme de ses trop nombreux regards par en dessous glaciaires et pervers, tellement il a le nez cruel et prédateur.

Même si j’ai été très dérangée par l’image du « normal » dépeinte dans le film parce si c’est juste le schéma de la famille qu’on veut normal, ce n’est pas la peine d’y ajouter du kitsch des années cinquante, des robes à fleu-fleurs, des téléphones sans fil à antenne et de la moustache pour faire bourrin.

Même si je ne suis pas persuadée que l’Education Nationale offre maintenant des croissants aux profs pour les réunions de pré-rentrée (ou alors ça a changé depuis l’époque où mes parents s’y collaient), j’ai bien ri aux quelques tics pseudo-pédagogiques pointés du doigts… les enseignant(e)s qui passent parfois ici, vous arrivez à appeler vos élèves des « apprenants », vous ?

Même si cette histoire de manipulation en boucle (de l’élève victime de son obsession de l’intrusion vers le maître, et par extension vers son épouse, qui elle même joue de son influence sur son mari) est archi théâtralisée, même si on en voit les ficelles et les procédés, et même si parfois ils se mordent la queue, je n’ai pas pu rester extérieure. J’ai accroché et me suis fait avoir avec plaisir.

Enfin, plaisir c’est vite dit… et c’est là que j’en viens à mon masochisme : l’intrusion, l’effraction, le cambriolage d’intimité m’ont toujours tétanisée. Je me revois m’enfoncer dans mon fauteuil de terreur au début de Lost Highway de Lynch parce que j’avais l’impression qu’on m’avait volé mes propres cauchemars. Mais dans le film d’Ozon, toute la perversion du jeune homme, même si elle est très évidemment malsaine dès le départ, provoque – comme chez son professeur Luchini – la curiosité, voire la fascination plutôt que le rejet. On se retrouve voyeur du voyeurisme, et on finit par être ravi que ce gamin soit immonde tout simplement parce qu’on veut savoir. Bref : ça fonctionne affreusement bien. Ou alors c’est peut être juste moi qui suis aussi un peu perverse et/ou manipulable ?

(oui, parce que crois-le ou pas, en rentrant chez moi hier après le film je n’étais ni guillerette ni rassurée… plutôt mal à l’aise et paranoïaque en fait).

Postescriptoume : pourtant j’en connais un qui n’a pas accroché du tout et c’est par là)

2 commentaires sur « Ozon fait maison »

  1. héhé : merci pour le lien. Effectivement, je ne suis pas un grand fan du film que je trouve trop « petit malin » et surtout assez mécanique dans son dispositif : le jeune homme raconte, la caméra illustre, Luchini analyse.
    Mais pour développer en profondeur ce raisonnement, je voulais juste te signaler que nous avons effectivement du café et des croissants le jour de la pré-rentrée 🙂

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    1. Mon bon monsieur, les temps changent, dites donc, ce luxe dans lequel nagent les fonctionnaires est presque une honte !
      Comme tu as compris, malgré les ficelles (dont je comprends bien que tu les aies vues) je me suis fait rouler dans la farine. Donc je vote pour, parce que j’aime être bernée au cinéma 😉

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