L’absence de daube du dimanche

Oui oui, je pourrais râler sur notre retour de Barcelone un peu interminable. Je pourrais pester contre la bouffe là-bas et dire que vraiment, que c’est pas possible de mettre autant de nourriture dans ses matières grasses. Je pourrais faire une blague très très très niaise et dire que c’est bien dommage qu’on ne repasse pas là-bas cette année, histoire de pouvoir profiter du concert de M. De Pute-Pute (riez, merci, soyez charitables).

Mais pardon pardon, je crois que ça va pas être possible : je suis encore perchée dans mon bonheur musical. J’avais même fini par prendre goût à l’Ouverture, c’est dire ! Jamais je n’ai vu passer les 50 minutes de la 12ème symphonie de Dmitri Xostakóvitx – oui, j’aime beaucoup Shosta écrit à la sauce catalane – parce que je m’y suis épuisée, donnée, et torturé l’âme avec un plaisir masochiste et exalté jamais mesuré (enfin si, en mesure mais démesuré, quoi).

Et puis en plus il y a eu Elisabeth Leonskaia.

Cette femme qui pour moi n’était qu’un mythe, un nom sur un des 33 tours (oui, je suis vieille) dont je me suis repue copieusement étant jeune, à savoir le Quintette avec piano de Brahms, a pris vie pour moi cette semaine. Je dois l’avouer, les trois quarts du temps, le piano m’ennuie, han c’est mal je sais mais c’est comme ça. En plus, la musique étant victime du même phénomène de mode que le sport, le grand truc maintenant c’est de jouer très vite et très fort, à croire qu’il y a une machine qui mesure la vitesse de la note au moment du service au pied de la scène.

Or là, la dame, elle prend son temps comme il faut, elle fait les choses avec fermeté, tendresse et intensité, jusqu’au bout. Et (effet post-chandeleur ?) il se trouve qu’elle m’a retournée comme une crêpe, cette bougresse. Alors déjà que le Concerto pour piano de Schumann, c’est un peu pour moi le slow qui rend amoureuse, surtout le premier mouvement… quand à la fin, pour son bis, elle entame du Chopin, ça a beau être bateau, c’est terrible. Et pire que Chopin, bien pire, il y a Schubert.

Mes larmes sur scène sont vraiment rares (t’imagines pas comme c’est pas pratique, en plus), je pense donc que cette femme est une fée de lumière, un être magique, la dernière plume de l’aile d’un ange ou quelque chose comme ça. Et j’en n’ai même pas honte.

Un pirate a volé les responsables de mes émotions dans la salle hier soir, vois toi-même.

(si tu as besoin de la vue, ne panique pas, elle revient après1’26)

8 thoughts on “L’absence de daube du dimanche

  1. Devant la télé et les Victoires de la musique: en effet, la mode est à jouer le plus fort et le plus vite possible. C’est qui ces monstres? Pas des musiciens, à mon sens: 4 pianistes qui se la pètent à fond la caisse, un violoniste pour minettes surhormonées, trois chanteurs/euses sous acide, et maintenant je redoute le trompettiste…ah pardon, LA trompettiste. Est-ce qu’elle va en rajouter pour faire sa place chez les machos-gros-sabots? Tiens non, c’est fin comme trompette. Comme quoi quand on veut, on peut…

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