Dessine-moi un mouton noir

Dans un orchestre, il y a des gens devant lesquels personne n’a spécialement envie d’être assis. Non qu’ils négligent leur hygiène corporelle, ou qu’ils soient spécialement antipathiques, au contraire. Ce n’est pas non plus parce que comme ils sont habitués au fond de la classe, ils ont l’habitude de chuchoter à haute voix et que parfois, comme ils sont bavards, ça brouille carrément l’écoute, enfin quoique mais non. Le problème c’est l’avalanche de décibels douloureux qui s’échappe de leur instrument de (heavy) métal.

Tu veux un indice ? C’est aigu, ça a une embouchure, des pistons, ça commence par trom et ça finit par pouêt. Autant mon oreille de violoneuse s’est habituée à être parfois un peu vrillée par la densité du son du hautbois ou par les octaves ultrasonnesques du piccolo, autant je pense que personne ne peut supporter les attaques d’une trompette à moins de trois mètres sans grimacer de douleur. Ceci n’est pas une réflexion méchante ou méprisante : c’est un constat matériel, un simple problème de volume et de fréquence intolérable.

Et devine qui cette fois-ci a perdu à la grande loterie du Kissékissicolle ? Bon, j’en prends mon parti, il faut bien les caser quelque part, nos gars, et ils ne sont pas responsables du fait que nos bouchons soit-disant adaptés sont nuls : j’ai beau tenter, je n’arrive pas à jouer sans entendre correctement ni les sons que je produis ni l’orchestre, donc fatalement, je grogne un peu dans mon absence de barbe.

Non, ce qui m’embête le plus (à part que je sens venir une facture de Doliprane énorme, à part la crispation que je ressens dans ma nuque et mes épaules à force de vouloir malgré moi planquer mes oreilles sous mes seins) c’est que dès que les quatre Jéricho qui sont derrière ma voisine d’infortune et moi-même se mettent à jouer, la Tosca de Puccini disparait sous eux.

MA Tosca d’amour à moi que je rêve de rejouer depuis plus de dix ans devient donc un moment qu’il va falloir rendre privilégié à tout prix en faisant du tri sélectif auditif, mais j’y arriverai, je te le jure, au nom du sacro-sain(t) plaisir de faire de la musique. Surtout qu’avec des chanteurs pareils ça promet d’être une sacrée cuvée…

Et puis… il y a les moments où peu de gens jouent, des moments magiques comme ce début du troisième acte avec ce somptueux solo de quatre violoncelles qui s’élève derrière un récitatif. Des instants suspendus au jeu d’une musicienne dont tu es tellement fière d’être l’amie quand au bout de trois de ses notes tu sens ton nez rougir et tes yeux s’illuminer d’émotion incontrôlable. Quelques minutes de grâce infinie pendant lesquelles tu te dis que tu as peut-être perdu au loto, mais gagné le gros lot au quarté.

Les vidéos Vodpod ne sont plus disponibles.

7 commentaires sur « Dessine-moi un mouton noir »

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