Nombrilisme au carré

Il y a plusieurs manières de faire des sauts périlleux. L’une d’elle consiste à remettre le nez (les yeux, en l’occurrence) dans une œuvre qui a profondément marqué ta néo-adolescence.

Flashback, donc : à cette époque, j’ai souffert d’une grave crise de greenawite suraigüe, déclenchée par la vision de A Zed And Two Noughts (Zoo en français). Peter Greenaway a nourri mes années 80 de ses films tordus et conceptuels, et parmi ceux que j’ai vus et revus sur le coup, allant jusqu’à me gaver de la BO dans mon radio-cassette (si tu as moins de 20 ans et que tu te demandes avec l’air goguenard ce qu’est une cassette et qui est donc ce dinosaure que tu es en train de lire, je te prierai quitter l’endroit et de fermer cette fenêtre. Et sans la claquer, merci, espèce de galopin) il y avait Le ventre de l’architecte. J’avoue que j’étais à la fois impatiente et un peu frileuse à l’idée de revoir la chose pour la première fois depuis quasiment vingt ans, car j’avais peur d’être déçue.

Exercice dangereux durant lequel le film en question n’a pas perdu la moindre plume. J’ai à nouveau suivi avec plaisir le réalisateur dans une Rome filmée comme une carte postale obsédante oscillant entre (néo) classicisme et néo-fascisme. Très réussie aussi, la mise en abyme du héros (l’architecte) en proie à des affres qui rongent à la fois sa fierté professionnelle (il doit rendre hommage à un autre architecte qu’il vénère dans une cité dont les bâtiments et le passé l’hypnotisent) et son ego de mâle (bah, sa femme batifole ailleurs mais étant donné son élocution insupportable, c’est pas vraiment une grande perte).

Rapidement, tout tourne autour de son ventre, et même si la profusion de symboles chère au réalisateur devient parfois un peu too-much (allusions bibliques, vie et mort, fertilité et pourriture entremêlés à gogo), le plaisir vient en grande partie des yeux : Greenaway use et abuse de ses connaissances en histoire de l’art pour filmer et créer des tableaux animés aux constructions faussement symétriques, partout et tout le temps. Avec un code couleur simple : du noir, du blanc/beige et toujours une touche de rouge plus ou moins appuyée. D’ailleurs ça commence avant le générique avec… une boîte à violon ! La musique répétitive de Wim Mertens est de plus en parfaite adéquation avec ce scénario farfelu et pas gentiment bizarre, car un poil glauque quand même.

Quelle meilleure garantie d’une soirée vraiment typée et carrément réussie, avec les apéricubes et les rochers Ferrero en moins ?

De ce saut périlleux-là, j’aurai donc atterri sur mes pieds. Encore une histoire de pomme, en somme (oui, le billet d’une livre, Isaac Newton et la gravité ont aussi le beau rôle dans le film). J’ai bien peur que dans la foulée il y ait du Cuisinier et du Jardin anglais dans l’air…

2 commentaires sur « Nombrilisme au carré »

  1. Han, j’avoue mon inculture totale, vite, vite, il me les faut sous les yeux !

    (je désespère toujours d’arriver à télécharger une bonne version de Tampopo d’ailleurs (d’ailleurs en l’occurrence = les films que je me dois de voir depuis que tu en as parlé) (pas envie d’acheter 8’000 dollars un dvd sans bonus).

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