Je suis incurable mais je me soigne

À chacun sa manière de considérer la gourmandise. Pour certains c’est un vilain défaut. Pour moi c’est sans conteste un des péchés les plus capitaux (entendre « indispensables ») qui soit, même quand il s’agit de se raisonner sur la quantité. On ne ricane pas sottement dans l’assistance, car oui, ça m’arrive. D’être raisonnable. Les années bissextiles.

Ce midi (et j’ai bien fait d’en profiter, étant donnés les 10 jours d’antibiotiques tueurs de bronchite et de papilles qui viennent de me tomber dessus) j’ai décroché ma première étoile. Pas le pin’s qu’on offre aux skieurs, non non, je te parle du passeport pour les cieux du plaisir des sens, et un peu du Guide Michelin aussi. Voilà un bout de temps que j’étais tentée par les retours que j’avais sur les créations culinaires d’En Marge (inventivité, qualité, cadre), mais c’est la présence d’un ami en cuisine a qui a achevé de me convaincre :  j’ai décidé qu’il fallait soigner ce si joli défaut.

Et fichtre bougre, j’en suis encore toute chamboulée du sens ! À part l’ouïe, parce que c’était délicieusement calme, les miens se sont soudain rendus réceptifs au-delà de leurs capacités habituelles. Du congolais au homard breton qu’on nous a servi en amuse-bouche à l’étonnant mélange recréant l’impression du cigare qui accompagnait le café, tout a été magnifiquement troublant, aussi bien pour les accords de saveurs que sur la subtilité des textures. Ce qui ne gâche rien, le design de la vaisselle et des couverts est tout aussi surprenant que ce qu’on mange. Et on mange quoi ? Demain je n’en sais rien, car le menu bouche à oreille se fait selon le marché et les envies de Frank Renimel, mais aujourd’hui, voyons voir…

L’entrée nous parlait de bœuf sous diverses formes. Le carpaccio s’était acoquiné avec un mélange croquant et doux à base de carottes finement débitées en cubes, le nem croustillant de joue et de queue était délicieux avec la sauce gribiche, et le tartare frais, mais frais… un genre de quintessence du cru.

Je n’ai pas été jusqu’à photographier le beurre de baratte et ses cristaux de sel aromatisés à la vanille sur mon bout de pain. Mais Monsieur Morue, lui, n’y aura pas échappé. La brandade de cabillaud se cache sous une émulsion de bouillon de volaille légèrement truffée. Ce qu’on ne t’annonce pas, c’est la qualité de l’huile d’olive, la verdeur du petit pois cru, la richesse en bouche de ce mélange entre terre et mer… rien que d’en parler, j’en frissonne de plaisir ! Et de fièvre, peut-être un peu aussi…

Le sucré était aussi superbe que bon : de l’amande en dacquoise, de la noisette croquante, du citron vert glacé et de la banane rôtie posés à côté d’une crème à la vanille. Autant de relief pour les papilles que sur l’assiette !

Pour parfaire cet art de ne négliger aucun détail tout en soignant l’essentiel, même le sucre du café est beau. Et puis ce gâteau cigare avec son léger arôme de tabac, de fleur d’oranger et ses graines de pavot, graou (oui, pardon, le souvenir de ce festin me rend toute animale, gourmette et … il fait chaud et tropical par ici, non ?)

J’en rajoute ou c’est pas la peine ? Tout le monde a bien compris que j’étais en état de choc alimentaire et sensuel au-delà de l’idée que je me faisais du plaisir de la gourmandise ? Bon, je peux donc aller comater en paix et couiner du poumon tranquille.

5 commentaires sur « Je suis incurable mais je me soigne »

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