Le premier jour, Oreste, de ta vie

Alors, vite en passant, une rapide séance de promotion audiovisuelle, parce que je vais finir par oublier. Le merveilleux « Roméo et Juliette » de Prokofiev dont auquel je causais naguère sera diffusé demain dimanche sur Arte, et dans mon souvenir, nous y sommes plutôt bons  ( non, les chevilles vont toujours bien, merci ) donc c’est à ne pas rater. Les détails sur la petite image cliquable ci-dessous.

Mais revenons à nos moutons grecs : voilà quelques jours que je l’annonce, il y a de la tragédie dans l’air : ce mercredi, c’est la première d’Elektra de Richard Strauss.

Électre, en français dans le texte, c’est la petite fille dans la famille Atrides. Signes particuliers : rêve de faire assassiner sa mère, qu’elle passe son temps à traiter de morue et de traînée. Éprouve une fascination freudienne pour son papa et une admiration louche pour son frangin. Agamemnon est le père, et il est mort ( au moins lui, son cas est réglé ) zigouillé par sa femme et son amant Égisthe. Clytemnestre, la mère, est pétrie de remords, ravagée par sa vie dissolue, et complètement terrifiée par sa fille. Oreste, le frère et fils, qui rentre à la maison après s’être fait passer pour mort, est manipulable à merci et finira cette belle séance de thérapie familiale une hache ensanglantée dans les mains : sous les ordres de sa sœurette, il découpera maman et beau-papa en tranches en chantant «Tiens, voilà du boudin» ( non non, quand même pas, je suis sûre qu’à Berlin à l’époque on préférait de loin le jarret ).

Ah, mais que voilà un récit rafraichissant qui pourrait s’appeler «Comment transformer son frère en assassin» ! Tout comme dans Salomé, l’héroïne est bien vilaine. Mais là où Strauss est fort,  c’est que ce sont les moments où Elektra exprime son profond désir de vengeance et de meurtre parricide qui sont les plus gais et les plus exaltés dans la musique : c’est un genre de romantisme bien glauque, bien décadent et très « 1900 ».  Et même si pour l’époque, les harmonies sont carrément modernes, le décibel méchant ( l’orchestre se doit normalement d’être composé de 115 musiciens ), et la partition abominablement difficile à jouer, voilà une œuvre totalement merveilleuse et fascinante :  j’applaudis, j’adore, j’adule !

Pour vous en servir une tranche, j’ai retrouvé un extrait de la même production, donnée ici-même à Toulouse dans le même décor il y a quelques années avec l’incroyable Janice Baird dans le rôle titre.


6 commentaires sur « Le premier jour, Oreste, de ta vie »

  1. Rien à voir mais j’aime beaucoup le jeu de mot du titre . Je n’ai jamais écouté Elektra ! Jamais ! Je connais le chevalier à la rose, je crois que c’est de Strauss, j’en ai un bon souvenir.

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  2. Cependant, Agammemnon ayant trucidé Iphigénie pour aller à Troyes, euh… à Troie, il ne me semble pas surprenant que :
    – Clytemenemenestre lui en veuille,
    – Electra soit un peu cinglée.

    En effet si ton père zigouille ta soeur simplement pour venger ton oncle, qui lui-même est cocu et en veut à la Terre entière, et que ta mère et son amant en prenne le prétexte pour zigouiller ton père, l’héritage génétique est fatalement lourd à assumer !
    Sachant qu’en plus ton frère est du genre lourdingue, à dire « je suis mort – Arghhhh » puis « Non finalement chuis pas mort ! », tes doutes s’envolent : you are completely nuts, comme on dit à la Caisse d’Epargne !

    De là à transformer l’amant de ta mère et ta mère en hachis parmentier, il n’y a qu’un pas que l’on franchit en chantant.

    Et si c’est dur à comprendre, si c’est du chinois, c’est normal. En effet, Clytemnestre ayant un nom imprononçable, on la surnommait « Chou ». Or, chou prit Egisthe comme amant en raison de sa gaieté (vu qu’elle était triste, qu’Agamemnon n’était pas drôle et que Menelas pas beaucoup plus non plus).
    Bref, lorsqu’Oreste découpe Egisthe en rondelle, celui-ci se marre et c’est là qu’on saisit le caractère sino-ironique de la pièce !
    L’amant de chou rit !

    Inutile de me remercier, c’était naturel de compléter ta formation ,jeune apprentie jedï.

    Bojpuitsdesciencesmoï

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    1. Il n’y a que Ben (Sixtine) qui est nuts…
      Ce commentaire vient de recevoir l’Award doré à la feuille du commentaire le plus long, et celui du jeu de mot qui me fait beaucoup rire mais qui revient de loin (à pied par la Chine, au moins )

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  3. Yo !

    Ben est nuts et une contrepétrie pour finir ! Tu es en pleine forme !

    Mille bravos !
    (euh mille bravi… euh, mais si je dis mille est-ce que je dois accorder le bravo avec la quantité où la diviser par le spaghetti de l’hypoténuse ???)

    Bojmonsieurplusmoï

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    1. Tu fais comme tu le sens, du moment que tu te sens capable d’accorder un bravo, parce que moi, je ne sais pas si il faut souffler dedans, le gratter ou le frapper 😀
      Bon, merci, mais fallait pas…

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